| LE VEGAL FACE A LA PRESSE |
| 16-07-2008 | |
|
INVITE
DE
A
bâton rompu avec le vérificateur général
Notre rédaction a eu l’honneur de recevoir
dans ses locaux, M Sidi Sosso Diarra, Vérificateur général. Au cours de
l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder ; il brise la glace entre son institution et
l’opinion nationale. Nous vous proposons l’intégralité... des sujets abordés.
Quel est le rôle que joue votre institution
dans la réduction de la corruption ?
Notre rôle se situe à deux niveaux. Le
premier aspect dans la lutte contre la corruption est d’abord la recherche des
fraudes et malversations à travers les contrôles financiers. Cet aspect est le
plus connu par le public par ce que nous rentrons dans les structures, nous
vérifions les recettes et les dépenses, et nous relevons les irrégularités
chaque année. Dans ce rapport annuel nous faisons une synthèse. Nous relevons
tous les montants détectés pour montrer l’ampleur du phonème dans notre
pays.
Le second aspect est l’aspect pédagogique.
Quand nous envoyons une équipe dans une structure, nous examinons toutes les
procédures d’organisation et les modalités de fonctionnement de la structure afin
de mettre en lumière tous les dysfonctionnements qui favorisent les
malversations financières. L’Etat peut perdre beaucoup de montant à cause de la
simple mauvaise gestion. Nous formulons des recommandations et nous suivons
leur mise en œuvre, ce qui est une façon de combattre la corruption.
Pour le premier aspect, nous listons les fraudes et malversations que
nous avons décelées. Ensuite les dossiers sont transmis aux autorités
judiciaires.
L’autre aspect est plutôt préventif car si
l’on veut combattre le mal il faut l’attaquer à la racine. Voilà les deux
principaux aspects qui constituent notre contribution à la lutte contre la
corruption.
Votre méthodologie d’enquête et même vos
rapports ont été contestés par les structures contrôlées. Quels sont les
arguments que vous avez pour votre défense ?
Ce qu’il ne faudra pas oublier c’est que
les structures contrôlées n’apprécient pas les faits qui leur sont reprochés
d’autant plus que ce sont des faits très graves, qui peuvent avoir des répercutions sur leur carrière ou
même leur liberté. Si non, tout au long d’une mission chez- nous, jusqu’à l’émission
du rapport final, nous sommes constamment préoccupés par ce que nous appelons
le respect du contradictoire. C'est-à-dire le respect du droit à l’identité de
la structure contrôlée, à présenter des éléments pour défendre sa position.
Concrètement, en début d’enquête, nous
faisons un planning de mission qui doit être exécuté au cours de l’année. Chaque mission est confiée à un vérificateur
qui, à son tour constitue une équipe. Mais au préalable, l’équipe rédige des
termes de référence, les grandes lignes du contrôle et la démarche à suivre.
Nous sommes un collège de 15 personnes. Quand
les membres de l’équipe découvrent une anomalie, elle est tout de suite portée
à la connaissance de la personne responsable du domaine. L’élément en question
a, à partir de cet instant le temps de préparer ses avis.
En fin de mission, nous rassemblons tous les
responsables de la structure et nous faisons une première restitution qui
consiste à porter à la connaissance des responsables, les faiblesses, les
anomalies que nous avons notées et les conséquences sur le plan financier. Une
fois que cela est fait, nous rentrons au bureau, nous rédigeons le rapport
provisoire. Ce rapport est envoyé à la
structure avec une lettre qui donne un délai pour recueillir les
observations écrites. A l’obtention de ces observations, une dernière séance est
organisée entre l’équipe du bureau et l’équipe de la structure vérifiée. Puis
nous passons en revue point par point les observations.
L’an dernier par exemple, le ministère de
l’éducation et le ministère de la santé nous ont pris une semaine pleine. Tout
cela pour dire que ce n’est pas une plaisanterie. C’est très important dans les
processus de vérification qu’on puisse recueillir objectivement l’avis des
structures contrôlées. Dans cette discutions, chacun présente ses arguments. En
ce moment, nous disons si oui ou non nous maintenons notre position par ce que
nous ne sommes pas obligés d’accepter tout ce qu’ils disent.
Il faut tout simplement dire qu’on a
discuté et que les arguments présentés ne nous ont pas satisfaits. C’est après
tout, que nous publions le rapport.
Les contestations qui ont eu lieu sont
normales car personne n’aime se faire contrôler. Mais le problème c’est que les
réactions des structures sont venues un an après les contrôles. Dans le domaine
de la comptabilité publique ou privée, c’est une obligation de conserver les
pièces justificatives et de les présenter à toutes requêtes. Mais quand
quelqu’un vient me présenter une pièce
un an après la parution du rapport définitif, il y’a quelque chose qui ne
tourne pas. En plus, les arguments qui ont été avancés ne tiennent pas la
route. Ils peuvent le faire parce que l’opinion publique n’a pas le rapport
détaillé mais les rapports sur chaque mission est un rapport très détaillé qui
comprend tous les éléments. Mais le public l’ignore totalement. Lors d’une
séance de travail à la primature avec le contrôle général des services publics,
ils ont établi un document, où ils ont opposé la réaction des structures
vérifiées à notre rapport. On s’est rendu compte que les arguments ne tenaient
pas la route. Là où les contestataires
rejettent tout, nous avons produit des copies des lettres signées par les
responsables de ces mêmes structures. Après discutions, il n’y a eu aucune objection sur le rapport.
Donc nous avons remis à la primature les
copies des correspondances venant de ces mêmes gens qui reconnaissent
formellement les montants. Je pense que ces contestations ne sont pas fondées.
Et nous avons toutes les preuves pour ceux qu’ils veulent en discuter. On peut
dire ce qu’on veut mais nos rapports ne sont pas contestables. Au niveau du
ministère de la santé, l’éducation nationale, l’AMADER qui ont émis les
contestations les plus virulentes nous avons prouvé que nos constatations sont
les plus justifiées.
Aucune contestation n’était crédible
alors ?
Parmi les contestations que nous avons
reçues aucune n’était crédible. Là, je suis
formel et affirmatif.
Déjà sur les 120 milliards annoncés, même
les structures les plus contestataires ont reconnu à peu près 48 milliards. Ce qui n’est déjà pas mal. Avant la fin de
notre mission, nous avions récupéré 19
milliards. 19 plus 48 milliards ce qui
fait 67 milliards par rapport au pourcentage global. Ce qui est très appréciable.
Et cela ne concerne que des structures les plus contestataires. De plus sur les
48 milliards qu’elles reconnaissent on a envoyé 31 milliards à la justice et d’après le rapport du
contrôle général des services publics, sur 31 milliards envoyés à la justice, à
la date du 6 juin 2008 il y’avait 21 qui étaient régularisés. Si ce rapport
était farfelu tel ne serait pas le cas.
Par rapport à nos recommandations, d’après
les structures elles mêmes, 80 % de nos
recommandations ont été prises en compte. Cela signifie deux choses,
premièrement, nos recommandations étaient fondées et deuxièmement, elles
étaient réalisables. Le taux de nos recommandations qui était jugé irréalisable ne valait pas 5%. Ce qui est honorable.
Nous avons plusieurs fois entendu que vous
et votre équipe ont fait l’objet de pression et de menaces, qu’en est –
il ?
A ma connaissance nous sommes quand même
protégés par la loi et à ma connaissance on n’a pas connu de menaces. Les
pressions c’est claire parce que le
travail qu’on fait est très délicat et les enjeux sont extrêmement importants. Il
est donc normal qu’il y ait des pressions. Les pressions directes ? Non quelqu’un ne peut pas nous dire, ne fait pas
ça. Par contre, les pressions se font
par voie indirecte. Par exemple quand vous partez dans une structure, le
Directeur sait que vous êtes amis avec quelqu’un ou parent, il va passer par
celui – là pour vous dire est ce que c’est la peine de creuser cette chose. Il
ya treize vérificateurs qui constituent
le collège en plus de moi- même et mon
adjoint. Ce qui fait un total de 15. Cette
équipe est composée de juristes, des économistes, des financiers, des
informaticiens …, toutes les sensibilités sont représentées parmi ces 15
personnes. Si quelqu’un tente de céder à une pression, le collège le remet sur
les rails.
Ce genre de cas est – il arrivé ?
Il arrive de remettre les missions sur les
rails s’il arrive que la mission dérape
à cause d’une pression ou bien pour une simple erreur d’approche.
Les
rumeurs ont couru autour de votre éventuelle démission.
Avez
– vous envisagez une telle position si oui pourquoi si on pourquoi ?
Les gens prennent leurs désirs pour des
réalités. La seule fois où j’ai mis mon poste en jeu, c’est la période où
j’étais entrain de discuter avec les autorités sur le niveau de la rémunération
de mon effectif.
Et cela a duré presque un an. Les autorités n’étaient pas d’accord sur le nombre. Et quand je leur ai démontré que le nombre
que je demandais était le strict minimum elles m’ont donné raison. Il fallait
qu’on soit compétitif.
Mais depuis que j’ai commencé à travailler,
il y’a eu toutes sortes de manœuvres, de tentatives pour bloquer telle ou telle mission ou pour nous
empêcher d’aller dans tel ou tel secteur d’activité. C’est un problème que nous
avons réglé jusqu’à présent, j’ai pu faire mon travail selon l’optique que j’en
veux. Cette année par exemple j’ai pris trois projets qui sont directement gérés par la présidence de
Vos différents rapports demeurent toujours
dans les tiroirs, n’avez – vous pas l’impression de travailler pour rien ?
Si c’est le cas pourquoi vous ne rendez
pas le tablier ?
Nos rapports ne restent pas dans les
tiroirs contrairement aux rapports produits par les autres structures de
contrôles.
Des exemplaires de rapports sont remis à la
structure contrôlée, à son ministère de tutelle, des exemplaires sont envoyés à
la primature, à la présidence de
Il y’à des structures contrôlées qui se
plaignent du fait que vos rapports sont
sur internet alors que les faits qui leur sont reprochés ne sont pas fondés. Est
ce qu’il n’ ya pas un problème avec la loi ?
Il n’ya aucun problème parce que nous
saisissons le procureur non pas sur la base des rapports mais sur les faits précis.
En effet, la loi dit qu’à chaque fois que nous avons connaissance d’un fait
susceptible de constituer une infraction à la loi pénale, nous devons saisir le
procureur de
Premièrement, nous écrivons sur des faits
précis et nous joignons à la lettre les éléments qui permettent d’éclairer son opinion. Il décide
de la suite à réserver au dossier. Mais ceux qui disent que nous jetons les
gens en pâture alors que l’affaire n’est pas jugée, n’ont certainement pas lu
le rapport.
Le sort que la justice réserve à vos
recommandations ne vous choque pas un peu ?
Nous sommes souvent interpellés sur la
question. Que deviennent vos rapports? Mais ce qu’il ne faut ne pas oublier
c’est que la justice est indépendante et le procureur n’est pas tenu de nous informer. Mais ce que
je peux vous garantir c’est que ces dossiers sont traités. Par Exemple pour
l’office du Niger, des gens sont en prison depuis 2006.
Nous apprenons que le prochain rapport sera
bientôt déposé. Peut on connaître les
structures que vous avez contrôlez ?
Elles sont au nombre de 33. Il s’agit entre
autres, du projet sida, de la sécurité alimentaire, des hôpitaux, du secteur
minier, des projets de lutte contre l’excision, des gros projets gérés
directement par la présidence de
Cependant, les chiffres sont beaucoup plus faibles pour cette année. |
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